Traou

Bretonne Légère Ou Grave, selon l'humeur du jour.....

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 11 mai 2008

Télégramme

Connexion intermittente. Excuse pour ne pas bloguer ? Un Paris-Carnet chaleureux l’autre soir me donne pourtant envie de faire encore partie des blogueurs actifs. J’ai des billets dans la tête, au bout des doigts. Il ne me reste plus qu’à.

Résiliation expédiée chez Noos. Bien fait. Je vais me débrouiller.

Envie de mots dans des cafés, écrits dans le bruit des demis à la pression, du bruissement des terrasses, d’éclats de voix ou de rires, à regarder passer les passants, se faire gentiment draguer par un serveur taquin, discuter avec des inconnus de comptoir, qu’on reverra ou pas.

Festival de Connes (copyright Chondre) dans quelques jours. Passage éclair, le temps de voir une mer qui n’est pas la mienne, croiser des milliers de regards, serrer des mains nouvelles, échanger des cartes vite oubliées, embrasser des inconnus qui ont l’air de se souvenir de moi et moi pas (et vice-versa). J’espère voir Indiana.

Arrêter de subir la solitude. Réapprendre à l’apprivoiser comme j’ai su le faire il y a des siècles, m’en servir, profiter de cette liberté en ne la voyant que légère et l’oubliant pesante. Oser aller seule au spectacle (j’ai fait bien rire quelques comparses blogueurs, habitués à prendre des places de théâtre à l’unité, à leur conter cette audace nouvelle pour moi). Ne plus attendre stérilement l’imaginaire « lui » qui la comblerait. Accepter la séduction de passage, après tout des bras éphémères autour de moi c’est mieux que pas de bras du tout. Et je m’octroie le droit de changer d’avis sur ce sujet dans 3 mois, ou 3 semaines, ou 3 jours, ou à peine cette phrase écrite. Mais pour l’instant ils sont drôlement bienvenus et confortables ces bras-là, même s’ils ne se conjuguent qu’au présent de l’indicatif, pas du tout au futur, même pas au conditionnel. C’est bon de rire le dimanche matin en partageant son café. C’est aussi simple que ça. Parfois.

Je suis d’humeur, en ce jour, à n’accepter que ce qu’il veut bien offrir et m’en réjouir. Profitons-en tant que cette humeur dure. J’ai appris à composer avec ma propre versatilité, revendiquée, au gré de mes époques troublées.

L’envie de l’Inde revient déjà. Projets de parcours nouveaux ou connus (Bénarès, bien sûr). J’ai commencé à apprendre l’hindi, un peu. Mais je manque de temps pour toutes choses, futiles ou importantes. Je picore. Un peu de boulot par-ci, un peu d’écriture par-là. Un peu de rêve saupoudré dans la réalité. C’est ma vie qui volette comme les papillons qui la jalonnent, que j’ai choisis comme emblèmes, éphémères, colorés, beaux et pas si inutiles, sûrement.

lundi 14 avril 2008

Noos c'est nase, qu'on se le dise !!!

Je sais, c'est un marronnier, mais il faut bien que je passe ma colère. J'ai déjà eu moult ennuis avec Noos qui s'intitule désormais Numéricable, mais ça ne change rien à la nullité des prestations de cette maison et au "service" client déplorable.

Premier agacement : j'ai reçu il y a quelques semaines une nouvelle carte à insérer dans mon décodeur TV pour "mieux recevoir mes chaînes". Depuis, ça pixellise à mort, l'image se fige, il est impossible de suivre un film sans avoir mal au crâne au bout d'une demi-heure et de sérieux problèmes de compréhension de l'intrigue puisqu'on est obligé de la suivre principalement avec le son...

Je me décide à appeler l'autre soir. Une voix mâle m'indique mon numéro de client et le numéro de téléphone spécial que je dois appeler pour tout ce qui a trait à cette nouvelle carte télé. J'appelle mais le répondeur automatique ne reconnait pas le numéro client que l'on vient de me donner et me raccroche au nez. Ah bon.

Je rappelle donc le numéro de téléphone classique, où l'on me met en attente en me précisant toutes les 30 secondes que celle-ci sera inférieure à 10 minutes. Au bout de 35 minutes, je jette l'éponge...

Dernier avatar en date : depuis hier, je n'ai plus ni télévision, ni internet, ni téléphone. Tout s'est interrompu d'un coup. Les modems clignotent, le numéro de la chaîne s'affiche sur le décodeur mais rien, écran noir, silence radio, niet, nada...

J'ai donc appelé ce matin, du bureau puisque je n'ai plus de téléphone chez moi (et qu'à 0,34 € la minute, de mon portable professionnel, ça la fout mal).

Dialogue de sourds, en boucle :

L'opératrice Numéricable : Ah mais Madame, il faut que vous appeliez de chez vous pour que nous fassions des tests.

Moi : Vous ne semblez pas bien comprendre : mon téléphone Numéricable ne marche plus.

L'opératrice Numéricable (récitant sa leçon, imperturbable) : Je vous invite donc à rappeler notre service téléphonie de votre domicile pour que nous fassions des tests.

Moi (de plus en plus énervée) : Et avec quel téléphone voulez-vous que j'appelle puisqu'il ne marche plus ?!!!

Refus catégorique de la donzelle d'envoyer un technicien sans ces foutus tests. Résultats des courses, mon employeur va être achtement ravi de payer la facture d'attente de ces connards incapables.

Le pire, c'est que la dernière fois que j'ai passé des semaines à tempêter au téléphone auprès de cet opérateur nase (quelques mois sans e-mail, une paille, sans réponse à aucun courrier recommandé ni aucun dédommagement...), j'avais cherché à changer de crémerie, et que c'est encore plus compliqué, et je ne suis pas sûre que les services soient meilleurs ailleurs...

Si quelqu'un connaît un responsable de cette maison, que je lui passe le savon qu'il mérite...

édit de 13h50 : Suis repassée chez moi à l'heure du déjeuner pour téléphoner en direct. Le seul "test" qu'on m'a fait faire, c'est de vérifier que les voyants étaient bien allumés (des fois que j'aurais eu l'électricité coupée et que je ne m'en serais pas aperçue, prenez-moi pour une imbécile...). On m'a ensuite conseillée de passer à la boutique (prévoir d'y être à 7h00 du mat' pour l'ouverture à 9h00, dans l'espoir d'être servie avant le dîner = minimum 1/2 journée de congé foutue en l'air) pour changer mon modem internet (le jeune homme que j'ai au téléphone ne s'occupe pas de la télé et propose de me passer le service concerné). Je réclame un technicien, on me répond qu'il n'y a plus de "quota" disponible (???). Je tempête. On doit, paraît-il, me rappeler sous 24h00.

Sauf qu'ils sont suffisamment cons pour me rappeler... sur mon poste fixe qu'ils sont censés réparer. J'ai l'habitude : quand mon adresse e-mail est restée en carafe, le service technique continuait à m'envoyer des mails, des fois que ça l'aurait incitée à remarcher toute seule... (je les ai tous trouvés en vrac, plusieurs mois après, quand ça s'est décidé à fonctionner à nouveau...)

lundi 31 mars 2008

Liste de courses

A acheter d'urgence, aux Galeries Farfouillette, rayon Charouk :

  • un accessoire qui fait que le fauve il miaule pas à 5 heures du matin
  • une lotion capillaro-féline pour que l’affreux jojo cesse de semer des poils partout et surtout des noirs sur mes pulls blancs et des blancs sur mes pulls noirs
  • des gélules anti-caprice qui l’empêchent de prendre un air dégouté des frites devant la sublime pâtée saumon-crevettes de chez Félix qu’il adorait la veille
  • un gratouilleur à chats automatique pour qu’il arrête de me poursuivre même aux toilettes pour que je le caresse (avec miaulement de protestation quand je fais une pause pasque je suis un peu occupée là maintenant excuse-moi mais je fais pipi, merde à la fin !)
  • une potion magique qui rend le chat invisible quand il a décidé de camper devant l’écran de télé ou d’ordinateur (et qu’il regarde d’un air attentif, mais vaguement méprisant, ce que je suis en train d’écrire)
  • un marqueur de place pour que je défende mon pauvre bout de couette la nuit

A part ça, je l’adore positivement, cette bestiole (juste les jours d'aube bruyante, je le jetterais par la fenêtre... si quelqu'un connait un silencieux à chat...). Et puis il faut que je m’estime heureuse qu’il veuille bien que j’habite (un peu) chez lui…

Charouk

lundi 24 mars 2008

Anna, encore

Dans le TGV. Retour Paris. En allant chercher une bouteille d’eau voiture 14, j’ai aperçu déjà deux fois « La Consolante » dans les mains de voyageuses. Elle est en route cette mystérieuse « consolante » dont je ne sais ce qu’elle est.

Moi je ne l’ai pas achetée. Pas encore. J’attends un peu. Quoi ? Je ne sais pas. De l’apporter à son auteur pour qu’elle y mette quelques mots. Sans faire la queue des heures pour cela. C’est possible ?

L’autre dimanche au Salon du Livre, une file d’attente serpentait sur des mètres et des mètres devant le stand du Dilettante. Quelques minutes avant l’évacuation qui a duré deux heures. Est-ce que ces gens ont attendu dehors interminablement sous la pluie pour reprendre une autre interminable attente ensuite ? Devant la jeune femme blonde si jolie au regard doux, appliquée à mettre quelques mots pour chacun sur l’énorme bouquin. Fait-elle toujours des dessins ? En a-t-elle encore le temps ? Je me souviens de la dédicace de « Ensemble, c’est tout » un jour dans un grand magasin parisien, au tout début de la sortie du livre, avant la déferlante du succès. Elle, son chien sur les genoux et ses crayons de couleur, délicate et attentive à chacun.

Dimanche dernier, j’étais non loin d’une porte au moment de l’alerte et je me suis sauvée. J’y aurais passé quelques 20 minutes dans ce fichu Salon, moins de temps que je n’ai attendu dehors pour passer le contrôle et arriver aux caisses… J’y venais pour une dédicace aussi, mais pas la sienne, celle d’un auteur ami à qui il m’arrive parfois d’offrir ses propres livres.

Anna Gavalda, je l’ai entendu l’autre matin sur Inter. Elle a éclairé ma journée de quelques mots. Elle dit être plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral. Peut-être. Mais dans ces quelques phrases maladroites (pas tant que ça), il y avait un trésor, alors…

La journaliste faisait remarquer que le héros de son nouveau livre était « amoché par la vie ». Et Anna, de sa douce voix a dit « Mais c’est bien d’être amoché… ».

Je ne saurais retranscrire ses exacts propos et j’espère ne pas trop les déformer, mais je me souviens qu’elle disait que la vie n’est pas facile, qu’on est TOUS amochés, et que c’est tant mieux. Parce que c’est comme ça qu’on avance, comme ça qu’on ressent, comme ça qu’on est vivant.

Et moi, j’ai arrêté de me brosser les dents, la bouche pleine de dentifrice, pour l’écouter et je me suis dit « chapeau ». Est-ce que ce n’est pas incroyable d’entendre de tels propos comme ça le matin, à la radio, où l’on a plutôt l’habitude d’avoir des micros tendus vers des plaintes…

Bien sûr, certains objecteront qu’il est plus facile de dire « tant mieux » quand on a une vie « facile » (mais quelle vie est facile ?) et tant de succès, et l’on sait trop bien qu’il en est plein pour qui le quotidien est rempli d’insoutenable. Mais cette conscience-là que les difficultés sont inhérentes à la vie et qu’elles lui sont nécessaires, c’est incroyable de l’entendre exprimer de cette façon si simple, si évidente. Alors merci pour ça. Et tiens, parce que je sais qu'elle l'aime aussi, un peu de Sempé, pour faire du bien à ceux pour qui c’est difficile en ce moment.

Sempé

lundi 17 mars 2008

Métro

Qu’elle est jolie cette très jeune fille au teint de porcelaine en face de moi. Sage ou qui en a l’air. Elle lit avec attention – et un rien d’ostentation – un livre signé Berlioz, intitulé « Chef d’orchestre ». Oui, on le remarque, ce livre. Elle ne lève pas ses cils courbes mais sait qu’on la regarde, sûrement, moi ou quelqu’un d’autre dans ce wagon bruyant. Aime-t-elle être regardée ?

Autour de moi, beaucoup arborent des casques imposants, ou bien d’autres plus discrets, juste deux petits serpents fichés dans le creux de l’oreille. Et pourtant, il est silencieux ce métro du matin. Personne ne parle. Et tant de musiques rassemblées en ce même lieu. Quelle cacophonie si chacun faisait entendre tout haut la sienne d’un coup. Qu’y aurait-il à entendre ? J’essaie d’imaginer parfois derrière les visages impassibles, les corps immobiles, quels rythmes, quelles voix se cachent. C’est peut-être incongru, pas du tout à l’image de celui qui écoute, yeux clos parfois. Ce cadre cravaté, là, peut-être écoute du hard rock, son cartable sage à bout de bras ? Et cette jeune fille à l’air déluré, du Brel ? Lui, là, son casque est tellement mauvais qu’on ne peut rien ignorer de ses chansons : on en perçoit presque les paroles…

Un homme s’assoit à côté de l’élève chef d’orchestre. Agé et douloureux, le menton déformé d’une excroissance spectaculaire. Il y a beaucoup de douceur dans ses yeux. J’y vois le souvenir de moqueries sans fin, l’appréhension de rentrées scolaires cruelles et trop nombreuses, la solitude et le rejet, les amours inavouées parce que sans espoir. Ou peut-être que je me trompe. Peut-être que cet homme au visage terrifiant a connu l’amour et la joie d’une famille ? D’amis innombrables séduits par sa gentillesse ou son humour. Qui sait ?

Je regarde les gens. J’imagine des histoires, les liens qui les unissent, les souvenirs qui les rongent, la raison de leur colère visible, des larmes qui jaillissent parfois, impudiques et belles. Il m’arrive de rire avec eux, ou de cacher mon effarement devant des propos imbéciles ou méchants. Je regarde les enfants blottis ou ceux, frondeurs, qui tournoient autour du pilier argent, au risque de tomber au premier coup de frein. Je regarde les couples paisibles qui échangent un baiser bref, un « Ã  ce soir » muet, parce qu’il descend une station avant elle. J’écoute la voix stridente de celle qui crie dans son portable des banalités sans intérêt ou l’annonce d’un retard certain. J’entrevois la distance d’un couple qui ne se regarde pas, l’amour naissant de deux ados qui parlent trop fort pour cacher leur émoi.

Vingt-cinq ans que je croise presque quotidiennement ces milliers de destins en chemin. Vers un boulot, un ciné, des courses, des amis, une famille, un amant, une solitude. Je chemine à leurs côtés vers mes paradis ou mes démons. Mon quotidien aussi, le pas lourd ou léger selon ma destination, l’émotion du jour. Parfois indifférente, parfois amusée, intéressée le plus souvent. Ils sont passionnants, ces gens du métro, mes frères et sœurs d’un trajet si bref. Nous nous regardons sans nous voir. Pas si sûr. Nous sommes nombreux à observer, imaginer, admirer, rire ou pleurer. Oui j’ai versé des larmes, quelquefois, sur une ligne rose ou jaune, pour un chagrin trop lourd, plus facile à laisser glisser dans l’anonymat d’une rame aux banquettes de skaï. J’ai tendu un jour un mouchoir à une jeune fille triste qui secoua la tête rageusement pour le refuser. Elle voulait se noyer dans ces larmes-là, peut-être.

Je regarde avec tristesse, parfois, les soirs où je ne vais vers personne, ceux qui se disent à tout à l’heure, tu prends le pain ? sur le portable d’après bureau. Ceux qui disent j’arrive je suis à trois stations, qui raccrochent l’air paisible de ceux qui sont attendus. Petit pincement de n’avoir pas, plus, un « Ã  la maison » qui ne serait pas qu’à moi. Mais la plupart du temps je dévore la vie ici concentrée. J’écoute de tout mon corps, je regarde de toute mon âme, tant d’humanité rassemblée, passionnante. Je ne dors jamais dans le métro, à l’affût toujours d’un regard, d’un geste, d’une histoire devinée ou inventée, peu importe. La vie est là, intense vivier.

mercredi 5 mars 2008

Didine

Je regrette de ne pas avoir fait plus tôt connaissance avec Didine. J’aurais pu en parler au moment où elle bénéficiait d’un peu plus de présence dans les salles… Qu’il est dommage qu’on ne laisse pas à de si jolis films la chance de s’installer. Si vous apercevez ce petit nom dans les pages de votre programme cinéma, n’hésitez pas à aller découvrir cette délicieuse personne.

C’est une comédie douce-amère. Un rien mélancolique. J’en suis sortie à la fois heureuse et un peu triste. J’ai mis quelques jours à comprendre pourquoi. Parce que « Didine » parle d’un sujet qui me touche singulièrement : la solitude. Et plus particulièrement de la solitude des femmes.

Didine, c’est Géraldine Pailhas, qui trouve enfin ici un rôle à la mesure de sa grâce. Didine est seule, vit seule, a des amants parfois, qu’elle ne rappelle pas. Comme le dit l’un d’entre eux, amer : de toute façon, qu’elle rappelle ou pas, elle s’en fout. Et elle n’a pas de portable. Elle est bien toute seule Didine, libre dit-elle simplement, sans le proclamer, doucement, en souriant. C’est tout.

Didine

Elle ne se fout pas de tout, non. Elle est réservée sans doute, gentille sans exubérance mais elle est attentive aux gens. A son amie Muriel (Julie Ferrier), femme de caractère, désespérée sexy, qui ne supporte pas la solitude d’après rupture, mais supportera encore moins celle du retour sans conviction de son homme auprès d’elle.

C’est l’attention de Didine à une vieille dame seule qui la fait recruter par une association pour rendre visite à des personnes âgées. Elle travaille seule chez elle, Didine, elle dessine des fleurs, elle a du temps. Et va, maladroite, boire du thé et écouter des souvenirs chez des plus seuls qu’elle.

C’est chez la redoutable Mme Mirepoix (divine Edith Scob, qu’elle est belle, mais qu’elle est belle ! J’ai eu la chance de la croiser l’autre jour à une projection du film d’Assayas « L’Heure d’été » et j’ai pris mon courage à deux mains pour aller la saluer sans oser tout à fait lui dire à quel point je l’admire, et la remercier un peu d’être si merveilleuse). Redoutable Madame Mirepoix, donc, acariâtre et méprisante, mais dotée d’un sublime neveu (Christopher Thompson) qui va susciter – enfin – l’amour chez Didine, bien qu’elle ait commencé leur relation en l’assommant avec une pelle !

J’ai aimé ce joli parcours, drôle et émouvant, de Didine, pas sûre d’elle, troublée, amoureuse, maladroite, La fin d’une solitude en marche, peut-être, entourée de celle des autres, inéluctable. Celle de Madame Mirepoix, si consciente de la marche cruelle du temps, méchante pour cela sans doute, qui se laissera quand même apprivoiser par Didine, celle de Muriel qui dit trop fort ne pouvoir vivre seule, celle de la vieille dame aux peluches pour seule famille… Et parfois des solitudes qui se trouvent, s’embrassent, se réconfortent. L’espoir.

Le film a été co-écrit par le réalisateur, Vincent Dietschy, et Anne Le Ny qui a signé par ailleurs son premier film cette année « Ceux qui restent ». Encore une histoire de solitude(s)… Mention spéciale à tous les comédiens, parfaits et touchants, Géraldine Pailhas – délicieuse Didine – en tête. J’ai aussi découvert Benjamin Biolay en acteur, aussi ébouriffé qu’en chanson. Il est formidable.

Je vous souhaite en tous cas de rencontrer Didine et d’y prendre autant de plaisir que moi.

lundi 3 mars 2008

Des poêles plein la tête... Ah bon ?

Il y a en ce moment sur les murs du métro une pub qui me fait rire et me sidère. C’est une pub pour des poêles à bois, ce qui déjà est étrange pour une campagne en 4x3 (hors de prix) dans le métro. D’habitude, on voit plus volontiers les mannequins de Goude pour les Galeries Farfouillettes ou encore quelques affiches de films (de moins en moins, au prix que ça coûte, peu de distributeurs peuvent encore se payer de telles campagnes pour des sorties de films qui s’avèrent toujours aléatoires).

Donc la maison Invicta, dont j’ai appris à cette occasion qu’elle fabriquait des poêles à bois, fait publicité. Que dis-je la maison Invicta, c’est plutôt son PDG en fait, un dénommé Dupire (enchantée, moi c’est Traou) qui affiche dans toutes les stations RATP de la capitale sa gueule de rocker sur le retour, d’une façon tellement omniprésente qu’on ne peut pas la louper !

Jean-Pierre

Alors, Monsieur Jean-Pierre Dupire, je ne vous connais pas personnellement et vous êtes peut-être un homme charmant, mais permettez-moi de m’étonner : pourquoi diable votre photo sur l’affiche est-elle dix fois plus grande que les produits que vous vendez ?... Je m’interroge. N’y aurait-il pas là de votre part – et loin de moi l’idée d’être désagréable, mais bon - un sacré culte de la personnalité ? Hein ? Un peu ?

Sans blague, ces affiches me rappellent furieusement celles de l’ARC (Association pour la Recherche contre le Cancer) il y a quelques années, où un dénommé Crozemarie (qui sera pris plus tard la main dans la caisse de ladite association, tiens donc) affichait toujours sa bobine la plus grande possible sur les appels de fonds pour cette noble cause (ce qui m’avait toujours paru suspect, d’ailleurs, si on m’avait demandé mon avis, tout ça ne serait peut-être pas arrivé).

Non mais qu’est-ce qui peut faire croire à un gars qu’on va avoir envie d’acheter un poêle à bois sur sa mine à lui ?!!! Ça me dépasse…

Bon, personnellement, les poêles à bois, je m’en fous, j’suis pas cliente, mon chez moi est trop petit. Mais si je voulais en acheter un, très franchement je me foutrais éperdument que le gars qui les vend porte des dreadlocks ou des lunettes noires (comme le dénommé Dupire, il est assez inquiétant, en fait). Et sur les affiches, je préférerais nettement qu’on me mette… des poêles à bois, et seulement des poêles à bois. Mais, bon, je suis sans doute d’une logique trop basique…

Et alors, le Jean-Pierre, il se fend d’un texte, en plus, sur l’affiche. Pas piqué des hannetons dans le genre prétentieux-grandiloquent : « La détermination d’un homme explique l’esprit et l’éthique de son entreprise », ça dit. Ah bon ? Il y a une éthique du poêle à bois ? Je savais pas. J’ai cherché sur le site internet, je n’ai trouvé aucune explication de cette fameuse « Ã©thique », c’est un mystère.

Très franchement, Jean-Pierre, il faut qu’on te le dise : ta bobine, on s’en fout, et ta détermination aussi. Pour acheter un poêle à bois, je crains que tes clients se préoccupent principalement :

1 - qu’il leur plaise esthétiquement
2 - qu’il ne leur coûte pas la peau du cul
3 - qu’il marche

Après, ta coiffure rasta, ta photo en 4X3, ta tenue de rocker has-been, très franchement ça vaut pas tripette et tu aurais dû t’abstenir.

Et là, j’ai un doute : il n’y a eu personne pour te le dire, ça, dans ta boite, et dans ton agence de pub ?... Dis donc, tu serais pas un peu tyran, par hasard ? Y’en a pas un qu’a toussoté, un peu gêné, pour dire « Heu, M’sieur Dupire, sauf vot’ respect, vous ne ressemblez pas précisément à George Clooney et nous on vend pas du café (ça ressemble à rien, le café, alors forcément ils sont obligés de trouver des trucs pour nous mettre l’eau à la bouche), alors peut-être que votre photo en grand sur l’affiche, c’est pas une bonne idée… Pardonnez-moi de m’excuser de vous déranger, sauf vot’ respect, M’sieur Dupire. J’vous demande pardon. Tapez pas, M’sieur Dupire… Allez tiens, faites comme si j’avais rien dit. Oui, je vois bien la porte, M’sieur Dupire, j’vous dérange pas plus longtemps. »

Enfin bon, le pauvre gars, là, désolée de te le dire, mon brave Jean-Pierre, mais il avait raison. D’ailleurs, et pour ne rien te cacher, tu serais même un peu limite, façon repoussoir. Tes poêles à bois, ils font pas envie, comme ça… Tu vois, il y en a, ils auraient mis une jolie fille pour les présenter, les mettre en valeur, attirer l’œil (peut-être même en porte-jarretelles, la fille, il y en a qui ne reculent devant rien pour vendre des poêles à bois).

Invicta, non. Invicta ne mange pas de ce pain-là. Invicta, à la place de la jolie fille nous met son moche PDG à la gueule patibulaire-mais-presque (copyright Coluche). Je voudrais bien connaître la courbe des chiffres de vente après ça...
Remarquez, si ça se trouve je me plante complètement et une foultitude d’usagers de la RATP se sont rués sur les poêles de Jean-Pierre, extasiés par sa mâle arrogance. Vi, p’têtre…

Enfin bon, mon Jean-Pierre, au fond, tu fais bien ce que tu veux, je ne suis pas ta cliente. Ce que j’en dis, moi, c’est pour rendre service.

dimanche 24 février 2008

Sous ma couette

Ce matin, quand je me suis réveillée, Charouk était couché à côté de mon oreiller, sa petite tête triangle posée à côté de la mienne. Il guettait mon souffle, ses yeux verts attendant que j’ouvre les miens. Il m’a gratifiée d’un petit miaulement amical, l’air de dire « Ah, enfin, tu te réveilles, paresseuse ! » (je m’étais quand même levée au radar vers les 7 heures, pour lui donner le petit déjeuner qu’il réclamait, avant de me recoucher illico et de me rendormir aussitôt). Un peu plus tard, alors que je m’étais remise sous la couette, café à portée de main, ordinateur sur les genoux, il est venu se glisser à côté de moi (oui, oui SOUS la couette, lui aussi, il adore), surveillant quand même ma réaction et prêt à battre en retraite au moindre signe de refus de ma part, ce qui est habituellement le cas. Mais j’ai l’intention de changer les draps ce soir, alors j’ai fait celle qui ne voyait pas la discrétion de sioux qu’il déployait pour arriver à ses fins… Et j’ai passé un moment avec ma bouillotte ronronnante qui soulevait de sa respiration endormie les fleurs du drap à mes côtés… Plaisir du dimanche avec un compagnon pattes de velours… Je ne connaissais pas. J’apprécie.

Cela m’a fait penser néanmoins que cela fait un sacré bail que je n’ai pas savouré les joies d’un petit déjeuner dominical amoureux (je veux dire avec un compagnon à deux pattes et sans oreilles en pointes avec un tatouage à l’intérieur, du type hominidé, vous voyez ce que je veux dire).

Et aussi vachement longtemps que je n’ai pas dormi avec quelqu’un. (Soupir)

Je veux dire, vraiment dormir. Pas juste partager un lit. Ça c’est à la portée de n’importe quelle paire d’humains. Tout amant de passage peut se prêter à l’exercice fort simple de demander « tu dors à droite ou a gauche ? » et de sombrer en ronflant et sans plus s’occuper de l’autre.

Non, je veux dire vraiment dormir AVEC l’aimé, en faire une partie intégrante de l’histoire d’amour, partager des rituels d’endormissement et de rêve, sentir un lit trop vaste quand l’autre manque à l’appel. Ne pas se contenter de sa moitié de matelas et de couette. Faire de sa place celle de l’autre aussi. Sommeils entremêlés, chaleur d’un souffle dans un cou, battements de cœurs paisibles, forme d’un dos que l’on épouse de son ventre, étreintes de jambes dont on se sait plus très bien de qui elles sont, moiteur de peaux amoureuses, odeurs mêlées et intimes connues de nous deux seulement. Ce petit grain de beauté sur sa nuque, caché sous ses cheveux caressés, je suis la seule à en connaître la forme et le goût de sel.

Et puis des mouvements comme des vagues, le lit se fait bateau quand la nuit devient houle douce. Tu pars à tribord et je te suis. Je roule au creux de mon rêve et tu me rattrapes de tes bras filets. Nous sommes en sécurité l’un dans l’autre, arrimés, solides, inconscients ensemble, tellement ensemble…

Oui. Soupir…

lundi 18 février 2008

Nouvelles en vrac, Shah Rukh, Charouk & Co

Je suis fort consciente – et ce n’est pas nouveau – que ce blog ne tient plus qu’à un fil. Si j’écris deux billets par mois, c’est le bout du monde. Mais je tiens à ce fil et à tout ce à quoi il me relie, tous ceux surtout à qui il me relie ! Alors ce fil je le garde avec moi, et de temps en temps je le renforce de quelques mots quand je le peux. Aujourd’hui, un réveil bienvenu sur le coup des 5h30 du matin me permet de consacrer un peu de temps à mon clavier pour égrener quelques nouvelles de ce qui est ma vie en ce moment :

  • J’ai eu 44 ans la semaine dernière. J’aime bien. Merci de vos petits mots amicaux, d’être là de par la toile et le réel (même en avance pour certains !). Je ne les ai pas fêtés spécialement, je m’en fiche un peu. Allez, j’avoue que ma coquetterie naturelle apprécie qu’on me dise que je ne les fais pas. On est une fille ou on ne l’est pas ! Ceci dit, Demi Moore qui a un an de plus que moi a l’air d’avoir 15 ans sur les publicités pour certains cosmétiques, que je ne citerai pas tellement cela confine au grotesque. A quoi ça rime, ce jeunisme effréné ? Un hebdomadaire féminin bien connu que je ne lis plus que chez le coiffeur (soit deux fois par an grand max) m’exaspère de faire ses couv’ sur le thème « vieillir en beauté » où l’on découvre dans le dossier correspondant qu’il n’est question que de bistouri et de botox et pas une seule fois d’assumer ses rides et d’apprécier la sagesse qui est censée venir avec. On dirait que certain(e)s deviennent de plus en plus superficiel(le)s au fur et à mesure qu’ils (elles) prennent de l’âge. Je n’en reviens pas !
  • On m’a offert une « Smartbox » pour mon zanniv, intitulée « Aqua Vitalité ». J’ai donc le choix entre 200 forfaits vitalité dans toute la France. J’hésite entre une séance de « cocon de flottaison » doublée d’une séance « d’energy sphère » (ne me demandez pas de quoi il s’agit, je vous raconterai après). Je peux aussi aller me ressourcer dans une « grotte de sel » en plein Paris, je vous jure ! Mais en fait, je crois que je vais opter pour le « body scratching » aux sels de la Mer Morte et aux huiles essentielles… Et à titre perso, je complèterai par un vrai massage thaï qui dure une heure et dont on ressent les bienfaits pendant au moins trois semaines. J’ai testé il y a quelques années, j’en garde encore un souvenir béat. En tous cas, j’aime beaucoup cette formule de coffret-cadeau à thème avec plein de choix différents…
  • Je n’ai pas fait de carnet de mon voyage indien. Peut-être prendra-t-il une autre forme. Une photo/une histoire, peut-être… Tiens, ma préférée de cette année, c’est mon fond d’écran d’ordinateur depuis que je suis rentrée : un singe qui rêve au petit matin sous un parasol des ghâts de Bénarès. Je la regarde et je suis transportée ailleurs instantanément. Cet ailleurs que j’aime et qui me manque déjà…

    Bénarès


  • J’ai pris une sacrée bouffée d’Inde… à Berlin, si, si. Une Berlinale ensoleillée et active. Pas eu le temps de voir des films ni de vagabonder dans la ville comme j’en avais envie. Je me suis juste réservée trois heures rien qu’à moi et que je n’aurais sacrifiées pour rien au monde pour aller voir « Om Shanti Om », le dernier film de Shah Rukh Khan, super-méga-star indienne pour ceux qui ne connaitraient pas. Un demi-dieu omniprésent là-bas, à l’aune d’un milliard d’habitants qui l’adorent… Et je l’avoue : je suis une absolue groupie ! (avec un clin d’œil à Nawal si elle passe par là je ne sais quand avec le décalage horaire de son île). J’ignore quand le film sortira en France, mais je vous recommande chaudement ce bijou bollywoodien, drôle, tonique, où SRK-le-grand s’auto-parodie avec jubilation. La salle trépignait de plaisir au rythme des chansons (que j’écoute en boucle depuis un mois : j’avais acheté le CD à Delhi), des danses superbement chorégraphiées où Shah Rukh pour la première fois dans un film indien se montre… torse nu ! (hurlements des fans en délire). Bon d’habitude, ses chemises (le plus souvent transparentes, en voile rose, vert pomme, jaune vif ou bleu turquoise…) sont très très très ouvertes, mais là : tombée la chemise !!!! (cris hystériques). Et c’est pas pour dire, mais le Shah Rukh, il est plutôt bien foutu à 42 ans (il utilise peut-être les mêmes cosmétiques que Demi, mais pour les abdos ?...). Et puis, je ne sais pas, il n’est pas le plus beau, il n’est pas bien grand, il surjoue un rien, mais il a…. ce je ne sais quoi absolument charmeur et craquant qui fait que même Traou se trémousse en chantant à tue-tête dans la salle et oui, c’est comme ça !

    SRK

  • Bon, sinon, j’ai lutté jusqu’à présent, mais vous allez y avoir droit : je suis entrée depuis un mois dans le club des blogueurs-à-chat. Alors, la photo du fauve, vous n’y couperez pas ! (ou alors il est encore temps de zapper pour les réfractaires). Il n’est pas tout jeune, je l’ai adopté dans une association qui recueille les chats abandonnés (pas folle, je ne voulais pas d’un chaton qui allait me destroyer mon appart pendant les longues journées où je ne suis pas là), et on ne sait pas trop l’âge qu’il a puisque qu’il ne lui reste plus qu’une canine en haut à droite, les autres ont été cassées dans une chute ou un accident... Il est super cool, avec quand même son petit caractère, mais il dort la nuit (pourquoi vous croyez que je l'ai choisi...). Et j’avoue que j’apprécie de le retrouver le soir, de lui faire des câlins, de lui raconter des bêtises (« T’es pas content, appelle la SPA ! » quand il miaule l’air de réclamer un truc que je ne comprends pas). Je l’ai appelé Charouk. Ben quoi ?...

Charouk
(l'activité préférée du fauve : se glisser sous ma couette dès que j'ai le dos tourné...)

  • Vous noterez que j’ai fait un effort louable pour NE PAS parler du 14 février et de la « fête » qui y est associée… parce qu’après on dit « Ouais, c’est parce qu’elle a pas de zamoureux qu’elle s’énerve comme ça… ». Heu… oui, il y a sans doute un fond de vrai, allez…

dimanche 3 février 2008

Air France : 1 – Traou : 0

Et oui, le score est toujours d’un bagage à zéro pour Air France. Zéro pour moi, 23 jours après mon retour. Et à compter du 22è jour, il est considéré comme perdu… mais les recherches continuent jusqu’au 45è jour, rassurez-vous Madame, toutes nos excuses au nom d’Air France pour la gêne occasionnée. Retournez-nous votre billet, votre carte d’embarquement, le n° d’enregistrement et la lettre d’inventaire de ce bagage accompagnée des factures, bien sûr, et nous lançons la procédure de dédommagement. Au revoir Madame, mille pardons et bonne journée.

Alors, forte de cette expérience nouvelle pour moi, voici les conseils que je peux donner – aux autres autant qu’à moi-même - pour de futurs voyages en avion :

1 – Ayez le bagage le plus voyant possible : rose vif, vert pomme, customisé, qui se voit de loin, quoi. Déjà c’est pratique pour les repérer sur les tapis à bagages au milieu de toutes ces valises noires, mais ça facilite l’identification au milieu des hangars pleins de bagages perdus (il y en a des milliers en souffrance, à ce qu’il paraît). Ceci dit, le mien est (était) du genre sport, gris clair avec des bordures orange et un énorme logo L*afuma sur une carte du monde au milieu, et il est toujours invisible, donc…

2 – N’ayez RIEN de précieux dedans, et si possible rien non plus que vous ayez acheté pendant vos vacances. Ayant suivi cet intéressant conseil moi-même au cas où, je m’étais fait un petit bagage cabine supplémentaire avec tous les petits cadeaux achetés sur place et une ou deux bricoles pour moi, dont deux magnifiques vestes brodées que j’avais cherché en vain à acheter lors de mes deux précédents voyages et que j’aurais été un peu "vénère" d’égarer avant même d’avoir le plaisir de les porter. Bien sûr, on ne met pas en soute son appareil photo, son ordi, ses bijoux à supposer qu’on en emporte, etc…

3 – Mettez vos coordonnées à l’extérieur solidement arrimées et aussi A L’INTERIEUR, bien visibles. Je ne comprenais pas vraiment l’utilité de ceci, maintenant si : quand le sac traîne depuis quelques temps dans les méandres des aéroports, il perd tour à tour sa fiche d’identification en papier (celle qu’on lui accroche autour de la poignée à l’enregistrement) puis l’étiquette avec les coordonnées du propriétaire si elle n’est pas bien fixée. Alors le bagage va être ouvert et on va comparer ce qu’il y a dedans avec la liste d’inventaire qu’on vous a demandé de remplir. Avoir son nom et son téléphone inscrit en fluo dès l’ouverture peut éviter qu’un gars mette son nez et ses grosses pattes dans vos frous-frous perso (sales, les frous-frous, quand on est sur le retour… ça doit un peu sentir le fauve…). Je ne sais pas si ça évite cependant certains désagréments des fouilles : une de mes amies qui a connu la même mésaventure et n’avait pas suivi mon conseil numéro 2 a eu le plaisir de voir revenir son bagage au bout de 15 jours, mais SANS l’appareil photo qu’elle avait bêtement laissé à l’intérieur…

4 – Pour rendre plus facile le conseil n° 3, listez ce que vous avez dedans AVANT de partir, ça peut servir…

3 – N’espérez aucune aide du numéro spécial mis en place par Air France pour suivre l’avancée du dossier et économisez vos sous : oui, le numéro en question est surtaxé ! Déjà ils ne manquent pas d’air de faire raquer des gens qui ont déjà paumé leurs affaires, mais en plus, les seules informations que j’ai pu obtenir des –fort aimables – personnes qui officient dans ce service sont : mon nom (des fois qu’un Alzheimer foudroyant me l’ait fait oublier dans les 15 derniers jours), la description de mon sac et sa marque (pareil, je suis bien au courant, merci) et on s’enquérait chaque fois très poliment d’un éventuel déménagement ou changement de n° de téléphone de ma part (c’est sûr, si j’avais eu un kilo de came planqué dans mon foutu sac, j’aurais pu avoir envie de déménager à la cloche de bois). Après, c’est extrêmement flou et les informations sont contradictoires selon les jours et l’interlocuteur : un coup mon sac a été localisé à Londres (lieu de la correspondance que j’ai loupée pour cause d’arrivée tardive du vol en provenance de Delhi) et il est revenu à Roissy par un vol du 12 janvier (quel n° de vol, quelle heure, ils ne sont pas « habilités » à avoir ces informations…), ensuite comme Roissy dit n’avoir jamais réceptionné le sac et que Heathrow reste muet face aux relances par télex (tiens, ça existe encore le télex ? Ils n’utilisent pas de mails ? Moderne, Air France…) on finit par me dire que peut-être, ce n’était PAS mon sac, mais qu’on l’a confondu avec un autre (vive les codes barres !!!).

Donc à l’heure qu’il est mon sac navigue quelque part entre Londres et Paris, peut-être au fond de la Manche, qui sait ? A moins qu’il ne soit reparti en Inde, comme j’ai envie de le faire moi-même ? Donc à moi les joies de la paperasse et des dossiers à établir pour être remboursée de… je ne sais pas combien vu que je n’ai pas l’habitude de demander des factures quand je vais chez Horreurs et Merveilles acheter des T-shirts ou une mignonne jupe en solde, oups… D’où les conseils suivants :

5 – Demander des factures pour TOUT ce qu’on achète, ça peut servir. Surtout quand on voit le prix de la flopée de culottes que j’ai été obligée de racheter depuis 3 semaines ! Ben oui, dans mon sac, il y avait surtout des fringues d’été qui ne me manquent pas vraiment pour l’instant, mais les culottes, hein, les culottes, ce sont les mêmes en été qu’en hiver, alors j’ai été bien obligée de remettre mon stock à niveau ! (d’ailleurs, je songe à lancer une vaste opération « Des culottes pour Traou », envoyez vos promesses de dons – en monnaie sonnante et trébuchante, je préfère les choisir moi-même, et puis il est hors de question que je vous donne ma taille, non mais quoi ! - à traou(at)traou(point)net, à vot’ bon cÅ“ur, merci)

6 – Souscrire une assurance avant de partir, avec le billet d'avion, surtout si vous n’avez pas de factures de vos culottes et T-shirts, ça vous permettra d’obtenir un dédommagement plus conséquent. Et payez le billet d’avion avec une carte bancaire qui couvre elle-même ce genre de désagréments (utile aussi en cas d’évènement plus grave genre urgence médicale, rapatriement, etc…)

Voilà, voilà, c’était les conseils de Tante Traou, en ce dimanche où je vais aller lister tout ce qu’il faut que je rachète pour me reconstituer une trousse de toilette pour partir à Berlin dans 3 jours. Et oui, comme je suis une fille organisée (paresseuse donc organisée, ça va souvent ensemble, ça économise du temps et de l’énergie d’être organisée…) et que je fais de fréquents déplacements pour le boulot ou perso, cela fait belle lurette que je n’avais plus à « faire » ma trousse de toilette. Elle était prête à l’avance, pleine de tous les objets et produits nécessaires, dont je n’avais plus qu’à refaire les niveaux de temps en temps. Il faut que je reprenne à zéro… Zut et Flûte !

Dernier conseil, le n° 7 : rester zen. Après tout, ce n’est pas bien grave, juste casse-pieds. Je rentre d’un pays où les gens n’ont rien ou pas grand-chose, et le peu qu’ils ont, ils vous l’offrent souvent, et avec le sourire. Alors ce ne sont pas quelques T-shirts de plus ou de moins qui justifient la colère parfois violente de certaines personnes qui faisaient leur déclaration de perte en même temps que moi à Roissy. Bon, j'avoue quand même que si on me le rend, ça me fera plaisir de retrouver ma jolie tunique brodée achetée l’an passé sur un trottoir de Pondichéry (pas de facture pour celle-là non plus) ou ma longue jupe en crêpon bleu qui me caresse doucement les jambes en été. Mais bon, ce n’est pas si grave (mais pas une raison pour ne pas suivre mes conseils !).

Dernière chose : si un lecteur de ce billet a des accointances avec Roissy et notamment un accès aux hangars à bagages perdus, je suis candidate pour aller faire les fouilles moi-même. Je l'ai déjà proposé aux messieurs-dames du numéro surtaxé d'Air France mais ils n'étaient pas "habilités" pour m'y autoriser...

lundi 28 janvier 2008

« L’amitié » selon F*ce B**k

Je ne suis pas sur F*ce B**k (Fesse Bouc en phonétique). Plus précisément je n’y suis plus. Je m’y suis inscrite il y a quelques mois pour voir ce qu’était ce truc dont on me rebattait les oreilles : j'ai tenu deux jours.
48 heures au bout desquelles j’ai pris la fuite. J’ai beau avoir un blog (un peu en friche depuis quelques temps, je vous l’accorde), je déteste singulièrement ce type de réseau virtuel, générateur de liens factices.

Il y a pas loin d’un an, je crois, que j’ai reçu le premier message sur mon mail : X vous demande d’être son amie sur F*ce B**k. J’ignorais alors ce qu’était ce Face Truc, et je m’étonnai juste que X, un copain plutôt lointain par ailleurs, me demande soudain d’être son « amie », alors qu’il n’avait manifesté jusque là qu’un intérêt sympathique, certes, mais limité pour ma petite personne. Je n’ai compris que bien plus tard les raisons de cette volonté soudaine « d’amitié » : sur Face Machin, ce n’est pas la qualité qui compte, c’est la quantité ! Le but du jeu c’est d’avoir le plus « d’amis » possible, quitte à solliciter le dernier de ses camarades de classe promotion 1971, qu’on n’a peut-être jamais pu encadrer et à qui on n’avait sans doute pas adressé un regard cette année-là, qu’on n’a d’ailleurs pas la moindre intention de revoir dans la vraie vie, faut pas déconner, mais qui est bien pratique pour faire du « chiffre ». Du chiffre « d’amitié », ça me fait frissonner.

Parce que le mot-clé, c’est « ami ». Et surtout le nombre qu’on peut inscrire devant. Et on entend des choses surréalistes du style « Oh la la, j’en ai marre, j’ai TROP d’amis sur F*ce B**k ! » (authentique) ou « Untel m’a demandé d’être son ami sur F*ce B**k, tu te rends compte ! » (air excédé ou extasié selon la côte de popularité du Untel en question). Ou des conversations compétitives du type « Moi j’ai 63 amis sur F*ce B**k (ton dégagé), et toi ? »… Si l’autre en face annonce 72, on voit son interlocuteur accuser le coup et son petit cerveau se mettre à mouliner à 1000 à l’heure pour voir où il pourrait bien trouver des amis supplémentaires. Et vite ! Si l’autre n’en avoue – honteux – que 47, quel soulagement, quelle bouffée de fierté, quel sentiment de victoire discrètement exprimé par un petit sourire un rien narquois . Ces gens vivent à l’ère narcissique du « J’ai plus d’amis que toi ». Sur un réseau internet, s’entend.
Je serais curieuse de savoir combien certains en ont dans la vraie vie. Des vrais amis, je veux dire, à l’ancienne, quoi.

Et oui, je dois être vieux jeu, faut croire, mais moi les amis, je les aime fabriqués artisanalement, avec du temps et de la patience. Rencontrés de façon aléatoire et sans connaître leur CV au préalable. Vous savez : on fait connaissance doucement, on rit ensemble, on parle, on refait le monde, on se passionne pour les mêmes trucs essentiels ou futiles, on se prête des livres et de la musique, on partage des goûts et des refus catégoriques, on apprend les failles et les forces de l’autre, on se console mutuellement, on s’épaule, on se dit des choses quotidiennes ou intimes, on se manque quand on ne se voit pas, on s’écrit ou on passe des heures au téléphone quand on est éloignés, on a des secrets en commun, une chanson qui nous rappelle un fou-rire ou des larmes, et un ou deux chagrins d’amour qu’on a noyés dans des cuites mémorables. C’est parfois fulgurant comme un coup de foudre ou ça met des années à s’installer, et puis un jour on se dit, tiens, ça fait 5 puis 10 puis 15 puis 25 ou 30 ou 40 ans et plus qu’on est côte à côte, et qu’on est toujours aussi bien. Parfois on rompt, aussi, et c’est aussi dur qu’une rupture amoureuse. Il y a des aléas et des fâcheries parfois, qui nous rapprochent plus encore ensuite. Ou bien on s’éloigne inexorablement parce qu’on change, parce que la vie nous emmène ailleurs, mais ça a été une belle histoire, voilà.
L'ami, le vrai, a aussi cette particularité qu'il se cultive avec autant de soin qu'une plante fragile, et est aussi rare que certaines variétés d'orchidées. On le comptabilise sur les doigts d'une main, parfois des deux, mais certainement pas par champs entiers et pas non plus sous forme de fiches signalétiques on line interchangeables. L'ami ne forme pas troupeau, ne s'exhibe pas comme un trophée, se respecte en ne lui donnant pas de numéro d'ordre.

Alors Face Truc, j’ai du mal. Et je ne comprends pas. Je ne comprends pas comment quelqu’un que j’aimais bien, qui est parti s’installer à l’étranger avec dans ses bagages, mes adresses, courrier et e-mail et même celle de mon blog, a très vite cessé de me donner signe de vie, et pourquoi à peine quelques heures après mon inscription sur Face Bidule a su que j’étais là, je ne sais comment, et a demandé à devenir mon « ami ». Tu l’étais mon ami, bonhomme, ou en tous cas en bonne passe de le devenir. Faut juste se donner un peu de peine pour ça. C’est sûr, ça demande un peu plus d’effort de répondre à mes mails en composant des mots et des phrases personnalisées que de cliquer sur « demander à Traou de devenir votre amie » sur ce foutu site à la mode.

Je n’ai rien contre les amitiés créées sur le net. Bien au contraire, elles me sont essentielles. Cet espace où j'écris (de moins en moins, oui je sais et le déplore) et les rencontres précieuses qu’il m’a permis de faire en est le témoin. Sans doute Face Schmilblick a-t-il une utilité professionnelle dans certains cas (Boss avait même suggéré que toute l’équipe soit en fiches sur ce site : il m’a vue prête à mordre et n’en a plus reparlé) mais cette notion artificielle « d’amis » me débecte autant que je la trouve pathétique.

Tiens c'est drôle, le lampiste qu'une grande banque a trouvé pour justifier les quelques milliards d'euros de pertes (oups !) de la semaine dernière, il avait des "amis" sur Face Machin figurez-vous. Ils ont mystérieusement disparu dans la journée où la nouvelle est tombée. De si belles amitiés, pourtant, c'est à n'y pas croire...

A l'heure où je vous parle, je m'apprête à aller retrouver quelques amis au zinc d'un bistrot chaleureux. On ira ensuite dîner sans doute, et on parlera et rira beaucoup, sûrement. Y'a pas de zinc, je suis sûre, chez Face Trucmuche ?

dimanche 13 janvier 2008

Retour

J’ai poussé la porte de chez moi vendredi soir tard. Impression d’être partie depuis bien plus longtemps que deux semaines tellement je me suis déconnectée d’ici.
Mon bagage, lui, a décidé de poursuivre ses vacances quelque part entre Delhi et Paris : il a sans doute loupé la correspondance à Londres et erre dans les méandres gigantesques d’Heathrow pour une durée inconnue et que j’espère aussi courte que possible. Pas très grave pour l’instant : il ne transportait que des fringues d’été (sales de surcroît). Une bonne excuse pour aller fouiner dans les soldes samedi pour trouver quand même quelques culottes de remplacement.

On est déjà presque mi-janvier et j’ai à peine vu démarrer 2008. J’aime assez cette habitude prise depuis 3 années de ne pas fêter facticement un changement de millésime somme toute sans grande importance. Pour ma part, le « réveillon » a consisté cette année en un film à la télé dans une chambre d’hôtel de Calcutta accompagné d’une bière (la fête !). A minuit, les pétards ont couvert pendant quelques minutes le bruit habituel des klaxons. A Paris, il était 19h30 seulement.

De ces deux semaines indiennes, je reviens paisible et reposée, les idées comme remises en place, avec le sentiment renouvelé d’aimer infiniment ce pays et le projet d’y retourner encore et encore. Là comme ça, tout de suite, quelques images, sons, impressions en vrac de ces vacances colorées :

A Kolkata (Calcutta), des ados lavant leur linge gaiement au-dessus de l’évacuation des égouts

Kolkata

Au cœur d’une interminable procession sikh, un jeune homme au turban rouge et aux yeux d’or

Kolkata

Et la fatigue d’un rickshaw-puller, une vie entière à gagner quelques roupies à la force de ses seuls bras et jambes

Kolkata

A Bodhgaya, la ferveur et la beauté des prières psalmodiées par des pèlerins venus de toute l’Asie, et le regard grave d’un enfant moine

Bodhgaya

Bodhgaya

Bodhgaya

A Varanasi, que je préfère sous le nom de Bénarès, ville magique si chère à mon cœur cette année encore, la vue du Gange du haut de mon balcon miniature, au travers d'un grillage peu esthétique mais bienvenu pour éviter l’invasion de la chambre par les singes

Bénarès

Sur le bateau de Gopal, la cérémonie des bougies du soir, un vœu pour chacune avant de les confier à Mother Ganga

Bénarès

et le rire et les cabrioles de la petite Artie qui venait glisser sa menotte dans ma main chaque fois qu'elle me voyait passer devant l'éventaire de perles de verres multicolores de sa maman pour m'y amener prendre le chaï (thé indien au lait et aux épices) offert chaque fois. Je porte aujourd'hui-même le collier fait spécialement à mon attention par Suneeta, cadeau émouvant avant mon départ...

Bénarès

J'ai été rattrapée par l'actualité, parfois, au cours de ce voyage : 27 décembre, dans un Boeing quelque part au-dessus des montagnes d’Afghanistan, j’apprends l’assassinat de Benazir Bhuto sur le petit écran fixé au dossier du fauteuil devant moi, qui diffuse des news entre deux films Bollywood. Et à mon escale londonienne du retour, les journaux m'apprennent la libération de Clara Rojas et Consuelo Gonzales.

Et puis, on n'est vraiment tranquille nulle part, le 1er janvier à Calcutta, le journal du matin m'offrait ceci, je vous le donne en mille :

Une

avec le titre "Will an Indian leader dare do this in 2008 ?", et juste en dessous de la photo ce commentaire qui m'a fait rire : "The French media has speculated that Sarkozy is parading his new girlfriend as a diversion from a series of negative headlines - a reason compelling enough for Indian politicians to try out the same tactic here."

Allez, je n'ai pas envie de finir là-dessus, je vous souhaite une très belle année 2008 à tous et vous offre pour l'inaugurer un lever de soleil sur le Gange, à l'heure où il convient à cette époque de l'année sur les ghâts de Bénarès de se réchauffer d’un châle de laine et d’un chaï brûlant. Tiens, j'y retournerais volontiers maintenant...

Bénarès

jeudi 27 décembre 2007

Départ imminent

Je prends l'avion tout à l'heure.
Delhi, puis Calcutta (Kolkata), puis Bodhgaya, puis Bénarès (Varanasi).
Ces derniers jours dans ma Bretagne de Noël si belle et calme, j'ai eu un avant-goût de l'Inde : je me suis offert le coffret DVD des films documentaires que Louis Malle à réalisé en Inde en 1967/68. 7 films de 52' chacun regroupés sous le titre "L'Inde fantôme" et un film de 98' intitulé "Calcutta". Pas eu le temps de tout voir. Pas le temps non plus d'en parler ici. J'en ai juste saisi la délicatesse du regard du réalisateur, s'interrogeant sans cesse sur la vérité ou le mensonge de celui-ci sur l'Inde et ses habitants, sur sa perpétuelle remise en cause et son refus de la "mise en scène" de ce qu'il voit. Enfin, sur le sentiment profond d'être à jamais étranger à ce pays, de ne pouvoir jamais y pénétrer ni le comprendre tout à fait.

L'Inde fantôme

C'est sans doute pour cela qu'on retourne et retourne encore en Inde, pour essayer de comprendre au moins un tout petit peu.

A bientôt et bonne fin d'année à tous (et je ferme les commentaires le temps de mon absence).

lundi 24 décembre 2007

23 décembre*

L’air est pur et froid. Pas un souffle de vent. Soleil de décembre. La mer est turquoise, et verte, et d’un bleu ondulant. La petite digue qui serpente entre les rochers, là au bout de la plage aux cabines de bois blanches, a souffert de la tempête d’il y a quinze jours. Les fissures sont devenues entailles. Les entailles sont devenues gouffres. Quelques bouts de la chaussée de béton sont allés rejoindre les rochers en contrebas. J’enjambe les espaces manquants. Elle sera reconstruite, détruite encore bien des fois, intruse construite par l’homme pour l’homme. Les vagues, elles, considèrent qu’elle n’a rien à faire là, sans doute.

La mer est basse et dégage une partie de digue incrustée d’huitres. Je m’avance jusqu’au bout. Au-delà, les rochers. Je continue. Mes vieilles chaussures s’assurent une prise aléatoire sur la pierre mouillée, sur les bouquets de moules à perte de vue. Je saute, m’agrippe, monte et redescend au gré de la roche grise et brune. Souvenir d’enfance « Maman, je peux aller jouer dans les rochers, dis Maman ?! ». On en revenait les pieds et mains blessés, souvent. Alors, on n’avait pas souvent le droit.

Aujourd’hui, j’ai le droit, je vais jouer. Guette du coin de l’œil la mer qui court plus vite que moi. Un moment de cœur battant, peu de temps pour gagner la prochaine plage avant que la marée ait recouvert mon chemin de roche. Trop tard pour faire demi-tour. J’accélère ma course maladroite, bondis sur des arêtes douloureuses, décroche quelques coquillages sans le vouloir en me rattrapant de mes paumes nues. Le grondement des vagues voisines me dit qu’elles tiennent le pari.

Chemin haletant. J’aperçois l’ile un peu plus loin. Derrière cette barrière de rocher, il devrait y avoir la plage. Non, c’est la prochaine. Encore un effort, une faille à contourner, une mare à éviter, un pas glissant à rattraper. Mon genou proteste un peu. C’était plus facile il y a 30 ans.

Enfin, une petite langue de sable souple m’accueille, réconfortante. Derrière, il y a la plage, encore un effort. Je me réfugie entre deux rochers avant de la rejoindre, pour reprendre mon souffle, les pieds léchés par l’eau, déjà. Ma petite langue de sable va disparaître en un clin d’œil, à peine le temps de savourer mon pari gagné.

Je m’étends sur le sable blanc, si fin, froid sous ma main. Mon cœur joue l’air de la chamade. J’ai enlevé manteau, écharpe, fermé les yeux. Je sais encore le ciel si bleu derrière mes paupières closes.

Retour apaisé vers la maison de pierre, où se prépare un Noël tranquille. Je croise mon père sur le chemin, honteux de sa canne sur laquelle il s’appuie le moins qu’il peut. Il me la désigne d’une grimace « Je marche aussi bien sans, tu sais ». J’acquiesce, bien sûr, mais nous nous souvenons silencieusement tous les deux des bleus et contusions spectaculaires de sa dernière mauvaise chute. Je le laisse poursuivre sa promenade lente, qu’il aime solitaire, comme moi.

Sablée jusqu’aux cheveux, les joues piquantes d’air et de soleil d’hiver, je me réconforte de lampées brûlantes et parfumées, « mon » mug enserré entre mes mains à réchauffer. Il manque une cheminée dans cette maison, j’allume quelques bougies, parle cuisine avec ma mère. On ira au marché demain matin pour les dernières courses du réveillon.


"23 décembre" c'est le titre d'une chanson de Beau Dommage que j'aime beaucoup et dont je me suis rendue compte, après avoir choisi ce titre, que je l'avais déjà citée ici, dans un billet d'il y a deux ans, où je donnais d'autre part la recette d'oignons confits que je m'apprête à cuisiner aujourd'hui...

mardi 18 décembre 2007

Une bonne nouvelle...

spécialement pour l'ami Yves Duel !
Le Baleinié - Tome 3 est sorti pour son petit Noël !
Et je me demande s'il n'est pas encore meilleur que les deux précédents.

Baleinié

Allez, juste pour le plaisir, rien qu'un très joli "petit tracas" :

azétérie n.f. : fleur du jardin qu'on hésite à cueillir parce que si on la cueille elle n'y sera plus.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce pur petit bonheur de lecture (je riais et souriais toute seule dans l'autobus tout à l'heure en savourant mon petit livre bleu), je vous renvoie - parce que je suis cossarde - à mon précédent billet au moment de la sortie du tome 2, qui date déjà d'il y a deux ans. Il était temps !

dimanche 9 décembre 2007

Avis de vent

5 heures du matin. Quelque part en Bretagne nord. Maison cocon. J’entends le vent. Avis de tempête demain, la mer sera colère. J’irai tout à l’heure affronter le ciel, me faire cingler de pluie et d’embruns mêlés, lutter contre les bourrasques, avaler de grandes goulées d’air salé au goût de larmes. Me laver de presque tout.

J’ai livré au vent venu du large tant de peines et de chagrins que parfois cette côte aimée me les rappelle, amère.

J’ai été heureuse aussi, à en hurler parfois, d’une simple goutte de mer irisée, d’un infime souffle sur la bruyère, d’une odeur d’algue fouettée de sable.

Arpenter les chemins mouillés, partager le pain du jour et le vin chavirant avec ceux que j’aime, qui vieillissent vaillamment ou titubant, c’est la réalité de ces quelques jours, parenthèse d’une vie parisienne haletante, un peu trop, bruyante et solitaire, un peu trop aussi, tout ça à la fois.

Où ai-je lu un jour cette « anecdote » qui m’avait fait rire, interrogée ? Une fille, sous l’emprise de quelques substances illicites, aux prises avec une de ces crises qui vous mettent dans des états au-delà du quotidien et du réel visible, avait connu LA révélation, soudain : le sens de la vie, rien de moins. La Vérité toute nue, celle qu’on cherche, qu’on redoute, qu’on suppose toute sa vie ou en tous cas dans les moments d’interrogation fébrile ou sereine. Au cÅ“ur de cette illumination, consciente d’être dans un état rare et sans doute jamais renouvelé, elle se dit qu’il faut qu’elle l’écrive, là, tout de suite, le sens de la vie, pour s’en souvenir le lendemain et le faire partager à l’humanité. Elle attrape un papier, un crayon, et écrit cette révélation unique, universelle, la clé du bonheur ultime, là, sur un coin de table de cuisine, avant de sombrer dans un sommeil épuisé.

Le lendemain, sur le papier, il y avait juste quelques mots : « Je suis assise à la table de la cuisine et j’écris. »

Peut-être n’y a-t-il rien d’autre que cela : être là où on est et être pleinement conscient de l’instant, rien d’autre. N’avoir ni regret ni projection d’un futur aléatoire. Juste être.

Je tends vers ça, mais les parasites sont nombreux sur la ligne, mon Dieu… Les cicatrices qu’on ne peut s’empêcher de compter ou de contempler, voire de gratter un peu. Les regrets de ce qui n’a pas été, de ce qui ne sera pas (étrange capacité de l’humain à regretter même le futur). Ressasser les douleurs récurrentes en sachant très bien que ça ne fera que les exacerber. Raviver des conflits en essayant d’y échapper. Trouver des palliatifs aux manques, combler grossièrement les trous pour ne pas tomber dedans (qu’est-ce qui fait le plus mal ?). Nom d’un chien, il y en a du chemin et du boulot avant de pouvoir se tenir simplement et sans autre fioriture devant la table de sa cuisine, ou ailleurs…

En tous cas, ce sont mes réflexions de nuit à moi, sous l’emprise d’aucune autre substance illicite qu’une insomnie génératrice de pensées en bataille. Retourner dormir maintenant. On verra bien ce qu’il y aura sur le papier au réveil.

dimanche 2 décembre 2007

L'âge de l'amour

Il y a des soirées qui s’annoncent ratées et qui finissent éblouissantes (le contraire arrive aussi).

Vendredi, un ami, coincé à une réunion boulot interminable, annule notre dîner dont je me réjouissais. Trop tard pour que je puisse envisager autre chose. Pas envie d’un ciné. Me voilà donc en tête à tête avec moi-même, ma télé et un frigidaire passablement vide. Perspective morose. Quelle jolie soirée...

Le film s’appelle « L’âge de l’amour », il a été diffusé sur Arte vendredi soir et sera rediffusé les 5 et 9 décembre à 3h00, le 12 décembre à 1h10. Je vous encourage vivement à veiller ou à l’enregistrer.

André et Jamie ont été mariés 40 ans. Divorcés depuis quelques années, ils ne se voient plus et ont refait leurs vies, elle avec un antiquaire amoureux avec qui elle apprend qu’une relation peut être confiante et sereine, lui avec une jeune femme ravissante de 25 ans, qu’il s’apprête à emmener à Venise ("Comme combien d’autres avant moi ?" questionne-t-elle).

Sauf qu’au détour d’un couloir d’hôpital (ils sont à l’âge où le corps lâche, parfois), André recroise Jamie, retombe amoureux. Et va tout faire pour la reconquérir.

Il ne doute de rien André, même pas de lui, alors qu’il semble que leur mariage n’a pas été de tout repos, qu’il n’a sûrement pas été un mari et un père exemplaire : son fils ne lui parle plus, il ne sait pas grand-chose de ses petits-enfants, avoue avoir trompé sa femme. « Sept fois en 40 ans ! tonne-t-il, ça fait une fois tous les 6 ans ! » Il ne trouve pas ça si grave, après tout.

Et il s’engage dans la reconquête comme un jeune homme passionné : campe devant la maison de sa belle, bravant la pluie, le vent, la nuit, plus fatigué pourtant, la poursuit sur son destrier-vélo, maladroitement car il a laissé un Å“il dans cet hôpital et a du mal à évaluer les distances et perspectives, il est séduisant et pataud, s’essouffle de courir après elle, fine et belle aux cheveux blancs, tentée mais échaudée. « En amour, ce sont les cinquante premières années les plus difficiles », lui dit-il pour la convaincre qu’ils ont désormais le meilleur à vivre.

André et Jamie se tournent autour, retrouvent parfums et goûts du passé, y compris ceux de la colère et de la rancœur, mais le désir surmonte ceux-là. Ils se connaissent par cœur et se découvrent encore. Ils se connaissent si bien qu’ils n’ont plus besoin de musique pour danser le paso-doble, accordés, peut-être pour toujours.

C’est une variation magnifique sur l’amour et le temps qui passe(nt), inexorablement. Ou bien est-ce que l’amour ne passe pas, lui ? Ou pas toujours ? Ou bien revient parfois ?

Ce film m’a infiniment touchée par la délicatesse, la lucidité et l’humour avec lequel ce sujet rare est abordé. Ce n’est pas si souvent qu’un réalisateur[1]ose traiter de l’amour à un « certain âge et un âge certain », sans faux-semblants, scène d’amour comprise. Mais qu’elle est belle cette scène d’amour, réaliste et crue peut-être mais tant mieux, corps dénudés un peu flétris et si beaux pourtant, mouvements plus si fluides, petites douleurs de l’âge, souffles plus courts, et tant d’amour.

Ici les corps sont dévoilés sans fards, avouent le regret de la jeunesse, les ravages de l’âge. André retrouve ses vieux amis à la piscine, lesquels regardent extasiés sa jeune conquête. Il rend visite aussi à Emile, un plus vieux que lui, dont il masse le corps perclus, usé, recroquevillé, taché de vieillesse. Emile râle et pleure sans fin sur sa vie passée, ses souvenirs perdus, plaint son vieux corps inutile qui ne fera plus jamais l’amour, enjoint André de « se faire sauter le caisson » avant de passer les 80, surtout !

André et Jamie (Andrzej Seweryn et Maaike Jansen, magnifiques) passeront peut-être cette dizaine-là ensemble. Ou peut-être pas. On les laisse dansant les yeux dans les yeux, prêts à ne pas laisser tomber, prêts à réessayer.

L'âge de l'amour
photo (c) Arte

Notes

[1] Olivier Lorelle, par ailleurs scénariste, notamment d'"Indigènes", c'est son premier film, à suivre...

dimanche 25 novembre 2007

Zèbre Victor Papa Tango Québec Charlie

Ca commence par quelques lettres bizarrement assemblées : un numéro de dossier. ZVPTQC. La dame du téléphone demande de soigneusement les noter : Zèbre – Victor – Papa – Tango – Québec – Charlie. Le rêve commence par ce drôle de mot de passe.

J’avais dit pas cette année. Trop de plomberie, de toiture et d’ascenseur à payer. Mais la plomberie, l’ascenseur, la toiture, ça ne me fait pas bien rêver. Pas comme ces bons vieux Zèbre – Victor – Papa – Tango – Québec – Charlie. Alors tant pis, soyons déraisonnable, c’est mon luxe, qui n'engage que moi !

Les noms commencent à flotter dans ma tête comme des promesses. Dans un mois, je m’envole avec mes copains Victor et Charlie. Ils m’emmènent à Calcutta pour y réveillonner. Je saluerai la naissance de 2008 au bord du Gange. J’ai réservé un balcon sur le fleuve sacré à Bénarès-la-magique, où je m'étais promis de revenir.

La préparation du voyage est presque aussi belle que le voyage lui-même. L’excitation de la découverte, la joie de revoir des lieux aimés.

Inde, troisième... Je suis heureuse de te retrouver.

Bénarès

mercredi 14 novembre 2007

Une pince, Monseigneur !

C'est l'outil dont je me doterai les prochains matins de grève pour pouvoir délivrer mon Vélib matutinal du cadenas que lui aura peut-être mis un utilisateur peu fair-play pour se le garder pour lui et éviter de se lever aux aurores, comme je l'ai fait. (ceci dit, je n'ai pas grand mérite, ma nuit n'ayant été - presque - qu'une fieffée insomnie, j'ai fini par renoncer à dormir et pointai donc à ma station de vélos bellevilloise sur le coup des 7 heures).

La tendance, donc, est au cadenassage de Vélib', au mépris du principe même de la chose. Parmi les petits salopiots qui pratiquent ce sport peu reluisant, il en est deux sortes : ceux à qui il reste une once de sens "civique" et qui attachent l'engin qu'ils se réservent à un arbre ou un lampadaire, et paient donc la nuit de garde. D'autres n'en ont que foutre et enchainent le bicycle carrément à la borne après l'avoir officiellement "rendu".

J'étais tellement abasourdie de tant de bêtise que j'en ai oublié de faire la photo. Non LES photos. J'en ai dénombré pas moins de trois ainsi "réservés" avant de pouvoir en dégoter un pour me rendre au bureau. J'ai bien songé aussi à crever un pneu pour rendre la monnaie de sa pièce au malotru, mais non, un vieux reste d'éducation ("N'abime pas le bien d'autrui" ou quelque chose dans le genre) et ma morale vélibesque personnelle me l'interdisent.

Si je n'avais eu que ça à foutre, je me serais cependant bien cachée derrière l'arbre le plus proche pour guetter le salopiot et lui tirer personnellement les oreilles au moment où il serait venu chercher "son" bien. Si vous chopez un de ceux-là, merci de le faire pour moi !

samedi 3 novembre 2007

Désolée

Elle dit "Je suis désolée". Ses yeux liquides, pas de rire cette fois. Il ne comprend pas tout de suite alors elle répète "Je suis désolée", dit qu’elle ne voit pas comment continuer.

Un peu plus tôt, elle est arrivée la première au bar du rendez-vous. Haut perchée sur un tabouret, accoudée au zinc comme elle aime. Elle a gardé son manteau rouge à cause de l’air frais qui arrive de la porte ouverte. Il ne peut pas la manquer, la fille en rouge qui grignote du pop-corn trop salé en buvant d’un verre aux reflets cassis. Elle lit le journal aussi. Ou fait un peu semblant, trop occupée à se donner du courage en répétant à l’intérieur "Je suis désolée".

Est-ce qu’il a remarqué qu’elle a un peu coupé ses cheveux ? Il dit qu’elle est jolie, qu’il est content de la voir. Il l’embrasse. Elle remise un peu plus loin son "Je suis désolée", pas maintenant, plus tard. Elle aussi elle est si contente de le voir. Lui, ses cheveux sont un peu trop longs, un peu bouclés dans le cou. Il s’assoit sur un tabouret aussi, emprisonne entre les siennes ses jambes à elle bottées très haut. Il pose les mains sur ses genoux, répète qu’elle est si jolie.

Tant de rires. Tant de rires entre eux depuis le début. Il l’embrasse quand elle rit. Sa bouche, ou sa main. Et pourtant. Désolée.

Tant de mots aussi. Peu de silences, sauf quand ils se regardent, gourmands. Quand ils se recueillent du même vin, quand ils goûtent le même met, picorent dans l’assiette de l’autre, partagent bouchées et gorgées de plaisir.

C’est rare, cela. Précieux. Et pourtant. Désolée. Elle se convainc depuis plusieurs jours que ce sera mieux comme ça. Parce que… parce que tant d’indicible entre eux. Parce qu’elle veut ceci et qu’il veut cela. Parce qu’elle a joué trop de fois la maitresse occasionnelle. Pas cette fois. Elle veut tout. Elle veut trop peut-être. En tous cas quelque chose qu’il ne peut lui donner, croit-elle. Et que même si la solitude ressemble de plus en plus à du verre pilé dans sa bouche, dans son cœur, elle a toujours préféré ce verre pilé sanglant à l’inconfort de certains bras trop absents. L’intermittence du cœur, jamais.

Mais que c’est difficile ce soir. Quelques verres plus tard, ils sont si gais. Enlacés rue des Abbesses, à la recherche d’un autre lieu pour assouvir leur faim. Il y a si longtemps qu’elle n’avait tenu une main solide dans la rue. Si longtemps qu’un bras n’avait entouré sa taille. Elle aurait envie de s’abandonner à ce bras-là, sauf que… tant de raisons valables, sûrement. Désolée.

Elle le dit sans presque y penser. Le mot a mijoté tellement de temps qu’il sort sans effort, désolée. Elle a un peu peur mais elle continue… dit qu’elle ne voit pas comment continuer. Parce que.

Elle aimerait qu’il ne soit pas si gentil, pas si désolé lui aussi. Qu'il ne soit pas si compréhensif. Elle aimerait peut-être qu’il proteste un peu, mais non. Elle a raison. Tellement raison sûrement. Il s’en veut de lui avoir fait de la peine, embrasse sa main encore une fois, la repose doucement, ne la reprendra pas.

Il l’accompagne au métro, demande s’il peut lui prendre le bras dans la rue, n’enlacera plus sa taille. Caresse sa joue, dit « Prends bien soin de toi ». Va rentrer à pied.

Sous terre, dans le wagon hurlant, elle a un peu envie de pleurer. Regarde un couple qui s’embrasse. Vide et triste. Demain, sûrement, elle se demandera si elle a vraiment bien fait.